Huîtres Marennes Oléron, un label européen
Mortalité supérieure à la normale dans les claires, obtention de l'indication géographique protégée, plan d'action jusqu'en 2013... François Patsouris, président de la section régionale, fait le point sur la campagne 2007 des huîtres Marennes Oléron.
Pour François Patsouris,
président de la section régionale conchylicole,
le bilan estival est mitigé alors même que les
actions de promotion des huîtres Marennes Oléron
vont être lancées en prévision des
fêtes de fin d’année. «Nous avons
passé un mauvais été. En fait, nous avons
eu l’été au printemps et le printemps cet
été. Cela a eu pour conséquence que les
huîtres étaient prêtes à maturer
très tôt. Avec le refroidissement des eaux, les
phytoplanctons se sont développés en masse. Les
huîtres se sont alors gavées de ce phytoplancton
et elles n’ont pas pu alors lâcher leurs larves. A
ce phénomène s’est ajoutée une eau
pas assez chaude d’où un taux de mortalité
important par rapport aux années
précédentes.» Cette mortalité
anormale a pour conséquence de faire baisser le tonnage
espéré mais, si les huîtres sont moins
nombreuses et plus petites, elles seront d’une
qualité gustative exceptionnelle. «Cette
mortalité importante a surtout été
constatée sur les bancs de l’Amouroux, la casse
et les sables de Ronce. Selon les endroits, il y a 20 %
à 30 % de pertes. Malheureusement il n’y a rien
à attendre au niveau des prix puisque la grande
distribution fait la loi et que, face à cela, les
ostréiculteurs n’ont pas le droit de faire des
ententes de prix.»
La reconnaissance «qualité européenne»
Cette saison 2007 des huîtres Marennes Oléron va être marquée par l’obtention de l’IGP (indication géographique protégée). Cette reconnaissance «qualité européenne» vient couronner des années de travail de tout le bassin. Il s’agit non seulement de la reconnaissance de la qualité des huîtres mais aussi du caractère unique du territoire et de son savoir-faire. «Il s'agit d’une première dans le monde ostréicole. Actuellement, le dossier est toujours à Bruxelles mais, en attendant la décision finale, le gouvernement français a donné l’autorisation pour l’appliquer à titre transitoire. Cette IGP permet de conserver notre label rouge et donne la certitude aux consommateurs que les huîtres Marennes Oléron sont affinées sur place. Cette année, environ 35 000 tonnes partiront de nos claires avec cette certification.» A noter que les ostréiculteurs qui ne désirent pas entrer au groupement qualité Marennes Oléron et qui n’acceptent pas les contrôles peuvent commercialiser leurs huîtres sous leur propre nom. «Mais, reprend François Patsouris, je ne connais aucun producteur de champagne qui n’utilise pas cette appellation...»
Pour François Patsouris,
l’ostréiculture est actuellement en pleine
évolution. «Tout change dans notre
profession, les personnes se regroupent, les bateaux sont plus
grands… la conchyliculture évolue, nous devons
suivre.» Une évolution qui a poussé
la section conchylicole à établir un plan
d’action jusqu’en 2013. Dans un premier temps, les
handicaps et les atouts de la conchyliculture charentaise ont
été listés. Pour les premiers, on note
une dégradation des capacités nutritives et des
équilibres biologiques du milieu naturel qui
entraîne, entre autres, une baisse des performances
d’élevage, un accroissement des coûts mais
aussi une mortalité estivale anormalement
élevée. Le poids croissant de la
réglementation et des normes est également une
menace tout comme le contexte économique peu favorable
ou encore la réduction de la marge de manœuvre
financière des entreprises. Selon le rapport, ces
handicaps et menaces, qui pèsent sur la profession
conchylicole en Charente-Maritime, lui otent pour
l’instant toute attractivité et sont à
l’origine du vieillissement de la population
ostréicole et de la diminution constante du nombre
d’exploitations. Cependant les atouts sont aussi
nombreux. Il existe, en effet, un fort potentiel de
développement notamment en ce qui concerne la culture
au large (filières en eaux profondes) et sur estran
(eau semi-profonde). De plus, la section a la chance de
bénéficier avec l'Ifremer d’un centre de
recherche performant implanté à La Tremblade.
Marennes Oléron est également un bassin leader
pour la commercialisation des huîtres. La
notoriété et la réputation de la
dénomination géographique ne sont plus à
démontrer. Enfin, la section mène depuis des
années une démarche qualité qui aboutit
notamment à l’IGP, aux labels rouges, à la
certification de conformité pour les huîtres de
claires mais aussi pour les moules de bouchots. Le plan
d’action est segmenté en sept axes de travail. Il
s’agit, dans un premier temps, de redistribuer aux zones
conchylicoles une eau douce de qualité dans les
quantités et les conditions nécessaires au
développement des mollusques. Cela passe, entre autres,
pas la réduction des volumes autorisés pour
l’irrigation et la création de réserves de
substitution. Le second axe de travail est de redonner au
marais doux sa vocation première de zone de
rétention de l’eau douce en période
hivernale. Cela suppose donc de modifier les pratiques
agricoles et d'effectuer un recalibrage du réseau
hydraulique. La section souhaite également travailler
à la modernisation de la profession en favorisant le
développement des techniques nouvelles
d’élevage conchylicole, en réservant de
nouveaux espaces au large ou sur l’estran aux cultures
marines. L'idée est aussi de créer, sur le site
de Chef de Baie à La Rochelle, un pôle
conchylicole comprenant la mise en place d’un complexe
de purification et d’expédition,
l’installation de filières off shore et la
création d’une unité de transformation
agroalimentaire des produits. La mise en œuvre de ce
projet s’étalera sur la période 2007-2014.
Cette modernisation de la profession passera aussi par la
recherche fondamentale et appliquée dans le domaine de
l’amélioration de la qualité des
lignées mises en élevage afin d'assurer, entre
autres, une meilleure croissance et une meilleure adaptation
aux différentes conditions d’élevage. Ce
plan d’action doit aussi permettre
d’améliorer les conditions de production sur
estran mais aussi de préserver la
spécificité liée à la valorisation
du marais ou encore faciliter l’entrée dans la
profession et la reprise des exploitations. Enfin, la section
va devoir développer la consommation en France et en
Europe. Il faudra mettre en place un dispositif de soutien
à l’export, des campagnes de communication
innovantes, des animations dans les circuits de distribution
ou des formations dans les lycées
hôteliers…
Photos : Sébastien Laval