Histoire - N°126 - Janvier/Février 2014

Le mimosa en fête

Février est le mois où l’on fête le mimosa, qu’on soit sur la Côte d’Azur, dans l’Hérault mais aussi sur la côte Atlantique dans l’île d’Oléron. Depuis 1959, Saint-Trojan-les-Bains célèbre ses mimosas et la ville se pare de couleurs dans un corso fleuri où la palette chromatique des jaunes ravive le cœur de tous au milieu de l’hiver.

Certes, 2014 est bien la 55e édition de la fête du Mimosa à Saint-Trojan-les-Bains mais on aurait pu compter cinq éditions supplémentaires si les températures glaciales des hivers 1954 et 1955 n’avaient pas repoussé une fête imaginée par la présidente du syndicat d’initiative local. En 1954, Mme Souchet, commerçante, pense à l’organisation d’une fête du Mimosa. Mais le terrible hiver 1954 se fait aussi ressentir sur l’île d’Oléron où les températures avoisinent les - 9 oC en février. L’animation est repoussée l’année suivante mais les très fortes gelées (- 15 °C) détruisent complètement bon nombre d’arbres. Il faut alors replanter de nombreux mimosas. La fête est remisée. En 1959, les jeunes pousses donnent enfin de magnifiques bouquets et le nouveau président du syndicat d’initiative, Daniel Fayau, lieutenant du corps local des sapeurs-pompiers, relance l’idée d’une première «journée du mimosa». Celle-ci se déroule finalement le 8 février 1959 le long du casino et du boulevard Pierre-Wiehn où divers stands sont installés et approvisionnés par de généreux propriétaires de mimosa.

Le mimosa n’est pas une plante endémique de France. Elle est arrivée dans les bagages des scientifiques en 1804 suite à une expédition vers les terres Australes. Partis quatre ans plus tôt du Havre sous les ordres du capitaine Nicolas Baudin, originaire de Saint-Martin-de-Ré, 24 savants dont des botanistes, embarquent à bord du Géographe et du Naturaliste pour explorer les côtes de l’Australie. Les premiers mimosas «français» fleurissent en 1811 mais ce n’est pourtant que durant le Second Empire qu’une expérimentation d’une culture en pleine terre est envisagée, dans les jardins du château de La Bocca, en 1864, à Cannes par l’horticulteur Gibert Nabonnand. Le mimosa s’acclimate parfaitement à la nature du sol et aux conditions climatiques de la Méditerranée et se retrouve dans tous les jardins des somptueuses résidences de la Côte d’Azur.

Mais de Cannes à Saint-Trojan-les-Bains il y a un grand pas à franchir. Son implantation locale est due à un couple, Nicolas et Gertrude Martin, venu s’installer en 1892 dans la commune dans la villa L’Hermitage. Originaire de Saint-Trojan, Gertrude Testard est femme de chambre pendant des années dans un hôtel de Cannes où elle y rencontre son futur mari, savoyard de naissance, qui y travaille en tant que cocher. A leur arrivée sur l’île d’Oléron, le couple Martin défait de ses bagages des plants de mimosa afin d’embellir sa nouvelle maison. Par chance, l’arbuste s’adapte très facilement au microclimat de Saint-Trojan. Rapidement Nicolas Martin conseille ses voisins et de nombreux plants de mimosa commencent à embellir la petite station balnéaire. Les Martin font construire une seconde maison, rue Omer-Charlet, qu’ils baptisent pour l’occasion «Les mimosas». En septembre 1952, la commune reconnaissante inaugure la rue Nicolas-Martin, située dans le quartier des Gaules «afin que les générations présentes et futures gardent en mémoire celui à qui Saint-Trojan doit cette source de beauté, de charme et de richesse».

Saint-Trojan plante une première grande mimoseraie au début des années 30 grâce à l’initiative de Jules Vinsous dans le quartier des Gaules. Plus récemment, la commune désireuse de pouvoir toujours disposer de fleurs nécessaires à la fête du Mimosa crée une nouvelle mimoseraie sur un terrain communal après les gels des années 1985, 1986 et 1987. Puis 80 nouveaux pieds sont plantés en 1990 dans divers endroits de la commune afin d’obtenir une floraison échelonnée et une nouvelle fois en 1995 avec de nouveaux planys en provenance du Foyer Lannelongue et de l’Office national des forêts. Dans le langage scientifique, la plante donnant ces magnifiques fleurs jaunes fleurissant l’hiver et couramment appelée le mimosa appartient au genre Acacia. Le nom scientifique du mimosa des fleuristes est l’acacia dealbata dont diverses variétés sont issues. Le genre acacia comporte plus de 1 200 espèces dont la majorité sont originaires d’Australie. Mais attention, tout se complique car l’arbre qu’on appelle communément l’acacia est en fait un robinier en langage botanique. Pour en revenir à notre mimosa, il n’y a pas qu’un mais une multitude de mimosas aux nuances de couleurs et ensembles floraux différents ainsi qu’aux floraisons différées. Les plus communs sont le Mirandole, floraison précoce en grosse grappe d’un jaune pur brillant, le Gaulois, floraison très abondante d’une couleur jaune soufre, le Tournaire avec ses fleurs en longues grappes jaune vif, le Bon Accueil avec sa floraison très odorante et ses grandes grappes et gros grains mais aussi le Mimosa des 4 saisons et le Longifolia ou mimosa chenille.

Le mimosa australien a gardé dans ses «gènes» son époque de floraison durant l’été dans l’hémisphère sud. L’été austral correspondant à notre hiver dans l’hémisphère nord, c’est au début de février que les mimosas sont en fleurs. La floraison s’étale selon les espèces de janvier à mars. C’est donc tout naturellement que Saint-Trojan-les-Bains fête son mimosa début février, depuis 1959.

Plusieurs associations se sont relayées depuis plus d’un demi-siècle pour l’organisation des festivités. Tout d’abord, le syndicat d’initiative local et l’office du tourisme puis le comité des fêtes à partir de 1984 et enfin le comité du mimosa dans les années 90. Cette fête ne pourrait avoir lieu sans les nombreux bénévoles mobilisés. S’il y a une quinzaine d’années, le manque de volontaires a fait craindre le pire pour la pérennisation de l’évènement, les années récentes ont permis un engouement nouveau et une appropriation plus grande par toutes les associations saint-trojannaises de cette fête du Mimosa, symbole de la commune et de son dynamisme culturel et folklorique. Le mimosa est célébré et son parfum enivre une foule qui se déplace toujours nombreuse pour assister à l’édition annuelle. La première année, 2 000 voitures passent le bac. Presque cinq fois plus empruntent le viaduc pour le vingtième anniversaire en 1979. En 1993, plus de 5 000 visiteurs sont comptabilisés pour la reprise de la cavalcade fleurie. Le mimosa est une plante vivante qui subit les affres des conditions climatiques et le gel est son principal ennemi. Le gel durant l’hiver 1985 a annulé la 26e fête tandis que l’année suivante la cavalcade avec chars et fanfares remplace le mimosa absent. En 1997, le gel a encore sévi mais du mimosa en provenance de la Côte d’Azur a pu fleurir les chars.

Le programme de la fête du Mimosa n’est pas immuable et évolue au fil des ans et des modes avec des manifestations variées. La première édition se termine par l’élection de la première miss Mimosa lors d’un bal donné au casino. Depuis lors, une reine et des dauphines sont couronnées à chaque édition ou presque et la reine a même parfois un prince à ses côtés. Pour l’édition 2014, la reine du mimosa, Océane Milliens, a été élue en mars 2013 dans le cadre de l’élection de miss Pays Marennes-Oléron 2013.

Mais le grand succès de la fête du mimosa reste la grande cavalcade où les chars rivalisent d’ingéniosité pour le plus grand plaisir des spectateurs. Le parcours n’est pas figé et si le corso fleuri parcourt la plupart du temps les rues du centre-ville, certaines éditions se sont déroulées dans le quartier des Gaules. Chaque année des groupes montrent aux spectateurs leurs nouvelles élucubrations imaginatives. La cavalcade ne serait pas réussie sans le défilé musical joué par les batteries fanfares, bandas et les groupes folkloriques. La prestation du groupe oléronais, les Déjhouqués et les mini-Déjhouqués, est toujours très attendue.

James Dupuy, membre du comité du Mimosa et un des organisateurs des années 90, a ce mot en 1995 à propos de l’évènement : «La cavalcade du Mimosa, c’est la grande réjouissance du pays, une animation bénéfique au cours de l’hiver, avec une renommée qui dépasse les limites du département, mise en place par nos anciens. Il faudra toujours continuer dans ce sens.» La tradition demeure et certaines éditions innovent par d’autres manifestations se déroulant à côté de la traditionnelle fête (jeux sur le port, concours du meilleur ouvreur d’huîtres et du plus gros mangeur d’huîtres, bal, brocante, concours photographique etc.).

La fête du Mimosa a même son hymne officiel, Mimosa, composé en 2007 par Jacqueline Bouillault avec la participation des musiciens de la philharmonique Oléronaise et de choristes, et chantée par Emeline. Le mimosa fait partie intégrante de l’histoire de la commune qui lui a même donné le titre de son bulletin d’informations communales en 1980 avec l’Echo du Mimosa. Pourrait-on imaginer dans l’avenir passer ses vacances à Saint-Trojan-les-Mimosas ?

La prochaine édition de la fête du mimosa aura lieu le week-end des 15 et 16 février. 

 
Christophe Bertaud

 

Remerciements à l’office de tourisme de Saint-Trojan-les-Bains pour le prêt des illustrations qui sont visibles parmi des centaines d’autres photographies sur le site remarquable consacré à la fête du Mimosa : www.lafetedumimosa.com

 

 

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