Nature - N°165 - Juillet/Août 2020

Coquillage ou crustacé ?

A première vue, on dirait bien un coquillage… On l’a d’ailleurs longtemps classé parmi les mollusques. Que nenni : l’anatife est un crustacé, et même un crustacé cirripède pédonculé, c’est-à-dire qu’il est doté d’un pédoncule (rose quand il est frais, puis noir) et de cirres, qui sont des filtres à plancton en forme de peigne.

Où iriez-vous vivre, si vous vous nourrissiez de plancton ? Dans l’océan bien sûr, mais plus précisément, juste sous la surface, là où la lumière est la plus forte, permettant le développement de ces minuscules organismes. Et si vous ne savez pas nager ni flotter ? L’anatife a résolu ce problème : il se fixe sur des objets flottants, à l’origine des morceaux de bois. Les plus modernes naviguent sur des bidons et autres tongs.

On nous dit que certains voyagent en yacht de luxe, mais nous n’avons pas pu vérifier.

Ainsi attaché, l’anatife pendouille dans l’eau, sort ses cirres et déguste son plancton à longueur de temps ; tout va bien…

Le jour où les courants amèneront l’embarcation sur la plage, ce sera la fin de vie de la colonie d’anatifes.

C’est l’une des curiosités les plus fréquentes de nos laisses de mer, en particulier en hiver.

Examinons cet organisme

Voici quelques termes techniques pour briller en société. L’anatife n’a pas de pied mais un pédoncule, qui peut dépasser 50 centimètres de long, le record étant de 90 cm. On y trouve les ovaires et des glandes spécifiques qui fabriquent la colle ultra-résistante, qui permet une fixation à toute épreuve.

Il n’a pas de « tête » mais un capitulum. Ce capitulum est protégé par cinq plaques blanches, soudées. Elles sont en calcaire, ce qui est original par rapport à ses cousins crustacés (crevettes, crabes) plus habitués aux carapaces en chitine. Il renferme les fameuses cirres, que l’on voit en bas de la photo ci-contre. Ces petits plumeaux, au nombre de 24 (12 paires) capturent le zooplancton mais aussi l’oxygène de l’eau.

Là où naissent les canards ?

Les confondre avec des coquillages, passe encore, mais il y a plus grave ! Jadis, ne sachant pas d’où provenaient les bernaches, ces oies migratrices, on pensait qu’elles naissaient à partir des anatifes. Au xiie siècle, le moine irlandais Giraud De Barri avait même affirmé en avoir vu en train de se transformer ! Au-delà de cette légende, la similitude se retrouve dans le nom anglais des anatifes Duck barnacle ou Goose barnacle. En latin / grec, Anas signifie canard. Cette erreur est sans doute due à la forme du crustacé qui rappelle vaguement un bec de canard. Elle perdure : le nom scientifique de l’animal est resté Lepas anatifera. Anatifera se traduirait par « qui produit les canards ».


Ne pas confondre avec le pouce-pied

Son cousin le pouce-pied, dont les Sud-Européens raffolent, lui ressemble un peu, mais lui se fixe sur les rochers et ses plaques sont plus nombreuses. Pour l’anecdote, attention, le Guide des bords de mer de Delachaux & Niestlé, pourtant ouvrage de référence par ailleurs, fait la confusion dans toutes ses éditions ! L’anatife ne se mange pas (surtout échoué depuis des jours sur la plage).

La funeste accumulation des plastiques flottants a une conséquence inattendue : les anatifes sont de plus en plus nombreux à voguer sur les océans.


Pour en savoir plus :

La fiche du site Doris : https://doris.ffessm.fr/Especes/Lepas-Anatifa-anatifera-Anatife-commun-236

(Feuilletez aussi les fiches adjacentes : il existe plusieurs espèces d’anatifes !)

Courte vidéo montrant les cirres en action ci-dessous


Cette fiche est réalisée par CPIE Marennes-Oléron 

05 46 47 61 85 - 111 route du Douhet - 17840 La Brée-les-Bains - www.iodde.org

Avec le soutien de naturalistes de Marennes-Oléron

 

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